Très en vogue outre-Atlantique,
la psychothérapie par téléphone
fait de plus en plus d'adeptes en France.
Un petit coup de blues? Vite, un psy. Les Américains sont coutumiers du fait. Les Français vont-ils s'y mettre aussi?
Car, depuis une quinzaine d'années, ce n'est pas l'offre qui fait défaut : sites, associations ou plates-formes de consultations de psychologues par téléphone se multiplient. Au point de supplanter le divan?
« Non, assure Jean-Pierre Camard, instigateur de jeconsulteunpsy.com, dernier-né de la "psysphére". On ne parle pas de thérapie au téléphone, mais on traite les mini crises en temps réel..» Créé il y a quelques mois, le site met en relation les patients potentiels avec quarante-cinq psychologues, disponibles 24h/24, diplômes certifiés conformes. On enregistre une cinquantaine d'appels par jour, moyennant soixante euros la demi-heure.
« Le travail n'est pas du tout le même qu'en cabinet, explique Stéphanie Jullien, psychologue superviseur pour la plate-forme, également installée en cabinet libéral. à Lorient. Je réponds à des appels d'urgence, à des gens en situation de panique. Notre but consiste à établir des hypothèses à partir de ce que la personne nous dit et, si besoin, de l'aiguiller vers un suivi plus poussé en ville. »
Pour Alain Siciliano, l'un des précurseurs de ce type de prises en charge, ce mode de consommation simple et immédiat peut pourtant aller plus loin. Quand il crée Psytel.fr, en 1999, il vise déjà ceux qui, en milieu rural, n'ont que leur généraliste pour leur fournir des anxiolytiques. Selon lui, il est tout à fait possible de suivre une thérapie par téléphone: « Au moins 50 % de nos appelants accomplissent un travail de suivi sur plusieurs mois et en retirent un mieux-être évident, se félicite-t-il, Nous sommes un des seuls sites à répondre à l'urgence, mais aussi à proposer un travail sur le long terme. »
Si certains psychologues crient à la thérapie commerciale, les représentants de la profession ne s'y montrent généralement pas hostiles. Mais ils préfèrent rester prudents : « Derrière le terme de psy peut se cacher tout et n'importe quoi, explique Jacques Borgy, secrétaire général du Syndicat national de l'ordre des psychologues. Pour nous, il est primordial que leurs formations soient clairement référencées — avec la mention du code Adeli* — pour que personne ne puisse profiter de la faiblesse d'un patient. Après, c'est un mode de consultation comme un autre. Il est bien évident que cela ne peut pas permettre un travail de psychothérapie, mais ce peut être une porte d'entrée intéressante pour ceux qui n'osent pas franchir le pas. »
un numéro vert pour les salariés
Les femmes, en majorité des quadras qui cumulent problèmes de couple ou déboires avec leurs adolescents, forment le gros des appelants. Plus récemment, une nouvelle catégorie a émergé : celle des cadres à bout de nerfs qui n'ont pas le temps de se rendre en cabinet entre deux rendez-vous urgents.
Depuis que Xavier Darcos, ex-ministre du Travail, a invité « les entreprises de plus de mille salariés à ouvrir des négociations sur des risques psychosociaux au travail » afin de prévenir les suicides, les directeurs des ressources humaines ont pris les choses au sérieux. Une dizaine de grandes entreprises ont passé contrat avec jeconsulteunpsy.com.
« Nous mettons à disposition des salariés un numéro vert et les appels sont anonymes, assure Jean-Pierre Camard. Chaque mois, un rapport psychosocial est soumis aux entreprises par un psychologue superviseur et nous comptons recruter quarante-cinq autres psychhologues d'ici à la fin de l'été, dans le cadre de la lutte contre le stress au travail. Notre plate-forme fonctionnera tant que les psys ne se décideront pas à alter chez le patient. Si Freud était encore
là, il irait chez les gens! »
VALÉRIE NESCOP







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