La psy par téléphone, c'est la nouvelle it analyse
Plus faciles d’accès et moins chères qu’une confession sur un divan, les consultations de psy à distance attirent de plus en plus de jeunes femmes en quête d’un one shot libérateur.
« Allô ! Vite, un psy ! » : La formule a fait tilt dans l’esprit de Sandra. Il a suffit du conseil d’une amie pour qu’elle s’inscrive sur jeconsulteunpsy.com. Rivée à son ordinateur, elle y scrute les spécialités des praticiens, photos à l’appui. Un vrai casting. Cette consultante en communication a tout de la trentenaire au bord de la crise de nerfs. Pour elle, le divan est exclu. Plusieurs expériences l’ont échaudée : « je suis tombée sur de vieux barbons plus muets que des carpes. »
Un soir, sa journée de travail derrière elle, Sandra décroche son combiné. Elle angoisse, car elle pense que sa fille de 5 ans a hérité de sa tendance à l’anorexie : « A cran, j’avais besoin de vider mon sac dans une oreille neutre, j’ai tenté le coup. » Sans les éternels poncifs -« Parlez-moi de votre enfance… Et vos parents ? »-, deux entretiens de trente minutes, espacés de quinze jours, s’avèrent efficaces : « On parle, le psy répond à mes questions, c’est simple, immédiat, efficace, explique Sandra. J’avais plus l’impression d’avoir un conseil qu’un psy. Ca m’a aidé à identifier certains blocages. »
Comme Sandra, ils sont de plus en plus nombreux à s’offrir une analyse téléphonique. Psychonet.fr, Ecoute-psy.com, Psyassistance.fr, E-psychologue.fr : une kyrielle de sociétés spécialisées ont investi ce créneau lucratif (facturé entre 35 et 60 euros les 30 minutes). Appels téléphoniques mais aussi chat, e-mails ou video, chacune a sa méthode pour réinventer la thérapie. Un modèle venu des Etats-Unis qui dépoussière le huis clos freudien.
D’avis de psy, le téléphone serait un véritable « accélérateur de paroles ». Ce réceptacle des maux de l’époque a permis à Laetitia, 29 ans, d’évoquer ses rapports toxiques avec son amant, plus âgé et marié. Son Othello lui a trouvé un poste et un appartement près de chez lui. Depuis, il la gouverne. En une demi-heure chrono, la psy cerne son profil : « Elle m’a dit de me protéger, raconte Laeticia. J’avais affaire à un pervers narcissique. C’était dur à entendre mais j’ai éprouvé un soulagement. Enfin, je mettais des mots sur mon ressenti. »
Vie privée, ruptures, addictions et tracas quotidiens sont l’essentiel des appels. Telle cette « appelante » -c’est ainsi qu’on les qualifie- angoissée par les péripéties amoureuses de son cercle amical : « Sa meilleure amie venait de rompre pour le mari d’une autre amie, raconte une psy. Une vraie angoisse : elle était enceinte et craignait d’endurer ce genre d’épreuve. » Cette problématique n’aurait pas pu échouer sur un divan : « Le téléphone démystifie la profession, la rend plus accessible », estime Fabienne Chiron Choukair, psychologue en ligne.
Coup de fil, chat, e-mails ou video: chacun sa méthode pour dépoussiérer le huis clos freudien.
Ce divan à portée de clic, Alain Siciliano en est un des précurseurs. Quand il a créé Psytel.fr, en 1999, il visait ceux qui, loin des grandes villes, n’avaient que leur généraliste « pour obtenir des antidépresseurs ». En fait, il a aussi attiré de jeunes urbains «demandeurs d’une thérapie d’une vingtaine de séances ».
Telle n’est pas la philosophie de Jeconsulteunpsy.com. Pour ce nouveau venu dans la « psysphère », ni thérapie ni patient, mais des « conseils à des clients ». Depuis son lancement en septembre, ce site en a déjà capté plus de deux mille cinq cents. Ingénieur, Jean-Pierre Camard, son instigateur, est catégorique : « La thérapie par téléphone, ça n’existe pas. Peines de cœur, familles recomposées, deuils : beaucoup de problèmes n’exigent pas une thérapie, mais l’écoute de professionnels. »
Sur cette plateforme, 45 psys sont à l’écoute, moyennant 60 euros la demi-heure. Le plus ? Tous sont répertoriés avec photo, spécialités et diplômes certifiés conformes.
« En cabinet, on est psychothérapeute, au téléphone, consultant, résume Fabienne Chiron Choukair. On répond à une angoisse qui nécessite une prise en compte rapide. »
La démarche laisse perplexe Serge Ginger, secrétaire général de la Fédération Française de psychothérapie et psychanalyse : «Une thérapie se joue à travers le face à face, les attitudes, les expressions et les silences. Si ces sites permettent de régler un problème précis, ils sont aussi dictés par une logique commerciale. » Des réticences que Sandra Raveneau, psychologue, balaie d’un revers de main : « tout le monde n’a pas envie d’une démarche psy, souvent intimidante. Le téléphone épargne cette lourdeur. Et tout passe : sourires, soupirs, silences. On est dans l’intime, oreille contre oreille. »
Anne, 32 ans, en témoigne. Jamais elle ne serait allée consulter. Pourtant son couple va mal, le désir s’est absenté, son mari travaille de plus en plus, elle se demande s’il la trompe, se sent coupable d’être devenue plus mère que femme. Au téléphone, elle raconte qu’elle gère tout. Quitte à sacrifier sa féminité sur l’autel familial. « J’ai compris que je devais bouger, réinvestir ma peau de femme, dit-elle au terme de l’entretien. J’avais besoin de m’y sentir autorisée. » Une libération simple comme un coup de fil.
Nelly Pelletier.






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